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| Réflexions sur l’économie de guerre, le socialisme et la Nation (Commerce et economie ) |
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| Les "pacifistes" font des associations systématiques entre la guerre, le capitalisme et la recherche du profit. Je ne doute pas que des entreprises s’enrichissent à l’occasion de conflits. Mais ce sont toujours des Etats qui déclarent la guerre à d’autres Etats. La guerre mondiale n'est pas une affaire privée ou, une autre façon de le dire, la mondialisation de la guerre n'est pas le fait du marché. Les parallèles les plus troublants, mais les plus instructifs, sont à trouver entre l’économie de guerre et l’économie administrée, c’est-à-dire le socialisme. Il serait impossible, en effet, de financer une activité comme la guerre totale, qui coûte en capital, en technologie et en hommes, par les moyens normaux de l’économie de marché. Quels individus rationnels seraient volontaires pour allait se faire tuer ? Par contre - et Keynes l’avait lui-même remarqué en observant l’Allemagne des années 30 -, une politique d’armement est comparable à une politique de grands travaux financée par la dépense publique et qui contribue à donner du travail au plus grand nombre en " mobilisant " les forces productives. Cependant, ces forces productives sont en fait détournées (par la force de la main visible du despote) à des fins destructrices. Des individus libres, à la poursuite de leurs intérêts privés et de leur bonheur individuel, ne se seraient pas lancés spontanément dans ce type d’occupation. Il faut donc une mobilisation générale que seul l’Etat est à même de mettre en oeuvre. Que ne ferait-on pas pour séduire les masses au nom de l’emploi ? C'est avec ce type d'argument que Hitler est arrivé démocratiquement au pouvoir dans une Allemagne économiquement déprimée.
Les deux guerres mondiales ont profondément marqué l’Europe. C’est une banalité de le dire. Mais, on a peu pris conscience du fait que ces guerres ont introduit chez tous les belligérants toutes pratiques qui ont considérablement élargi la place de l’Etat dans la société. Quand il accède au pouvoir en Allemagne, Hitler met en oeuvre un programme d'étatisation de la nation allemande, pour de mauvaises raisons puisqu’il préparait la guerre. Les autres pays voisins se sont installés dans une économie de guerre pour de bonnes raisons : par nécessité et légitime défense, en réponse à l'agression allemande. Mais le résultat fut le même partout : dans l’économie de guerre, l’Etat s’approprie par l’impôt, l’emprunt et l’inflation une part croissante du revenu national tout en détournant l’effort productif de la nation. L’Etat total est né de la guerre totale. La paix retrouvée, on est plus jamais revenu en arrière et ceux qui plaident pour un retour de l’Etat à ses justes proportions sont suspectés d’ultra-libéralisme, qui rime avec fascisme pour les belles âmes illettrées.
Y-a-t-il aujourd’hui un danger de guerre totale qui justifie que l’Etat contrôle toute la société et s’approprie plus de la moitié du revenu national ? Ne réalise-t-on pas au contraire le projet totalitaire qui consister à mettre en pratique, sans le dire, le national-socialisme ? Hitler avait le projet d’imposer un Etat total, dont il s’était désigné le guide (führer) suprême, à l’ensemble de l’Europe. Il lui fallait alors progresser en deux étapes : 1. étatiser d'abord la nation allemande, imposant cette idée d’Etat-Nation qui subordonne la seconde (la Nation) à la première (l’Etat) et dont le despote se proclame à la tête ; 2. puis, par la guerre, envahir ses voisins pour imposer un Etat supra-national dont il serait le super-despote. Hitler inspire, à juste titre, l’horreur. Pourtant, personne aujourd’hui ne met en cause ces notions ambiguës "d’Etat-Nation" et "d'Etat supra-National" au cœur de tout projet totalitaire. Quoiqu'en pensent ses pourfendeurs, si l’Amérique est devenue une grande nation, c’est qu’elle a su se doter d’une constitution dont le rôle est précisément de limiter les prérogatives de l'Etat fédéral (bien que ce dernier cherche à multiplier et développer ses domaines de compétence). Car trop d'Etat tue la Nation. En Europe, c’est tout le contraire qui se passe : la construction européenne risque bien d’aboutir à la mise en place d’un Etat supranational. Si le processus est pacifique (mais le restera-t-il avec plus de 20 pays ?), il n’en demeurera
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| Jean-Louis Caccomo |
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