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| Rencontre avec écrivain Ranya ElRamly (Rencontre ) |
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| Ranya ElRamly (née en 1974) a été lauréate en 2002, pour son premier roman, du prix Runeberg, du prix Kalevi Jäntti et s’est vu attribuer la médaille « Kiitos kirjasta ». Elle partage son temps entre l’écriture et son poste de chercheuse en histoire politique à l’université d’Helsinki. ElRamly, dont l’écriture sonde les strates successives du pluriculturalisme, est née en Inde, et a passé son enfance en Libye, en Égypte – la patrie de son père – et en Finlande. L’auteure nous livre ses réflexions sur les œuvres littéraires finlandaises et étrangères qui l’ont particulièrement marquée.
Quelles œuvres ou quel genre d’œuvres vous ont influencée, touchée ou marquée ces dernières années?
La littérature nait dans la langue ; une œuvre qui ne met pas à profit les possibilités que lui offre la langue, qui se contente de raconter une histoire, ne mérite à mon avis aucunement le qualificatif d’œuvre littéraire. Les œuvres qui me marquent sont celles dont la langue est forte, sensuelle, imagée et intéressante. Si je repense à ces dernières années, c’est essentiellement dans la poésie et la prose poétique que je trouve de telles qualités, et j’ai beaucoup lu et beaucoup aimé Sirkka Turkka, Lauri Otonkoski et Markku Paasonen.
Quels sont les livres finlandais de tous les temps que vous préférez ? Qu’est-ce qui vous attire dans ces livres ?
Tainaron (1985) de Leena Krohn. Tainaron est un livre étrange, je l’ai lu de nombreuses fois et j’y découvre à chaque fois différemment le monde qui y est décrit. Plus jeune, je tentais d’en faire une lecture symbolique, aujourd’hui je laisse les images me submerger sans plus les interpréter. Certains chapitres peuvent aussi être lus comme de petits récits indépendants.
Valaan vatsassa (Dans le ventre de la baleine, 1975) de Sirkka Turkka. Je ne comprends pas comment à partir de choses si insignifiantes et si quotidiennes on peut écrire si fortement ! Dans ce livre, Turkka me fait envier le narrateur, qui est sans le sou, n’a pas beaucoup à manger et qui n’arrive pas non plus vraiment à écrire. Mais son monde semble si beau !
Tule takaisin, pikku Sheba (Reviens, petite Sheba, 1986), de Sirkka Turkka. Les poèmes de ce recueil m’ont ouvert la porte de la poésie de langue finnoise et peut-être de la poésie en général. Je garde en mémoire les poèmes sous formes d’images plus que sous forme de mots. Dans la poésie, ce que j’aime avant tout, ce sont les image concrètes.
Les sept frères (1870) d’Aleksis Kivi. Un favori dont je ne me lasse pas et qui me fait toujours rire. La seule chose qui me dérange dans le livre, c’est qu’on a fait de sa lecture un acte patriotique. J’essaie cependant de me souvenir à chaque fois que ce n’est certainement pas la faute de Kivi.
Quel genres d’œuvres littéraires étrangères lisez-vous ?
Je lis beaucoup plus d’œuvres étrangères que finlandaises. J’ai toujours aimé la littérature pour enfants et la littérature fantastique. Quand j’étais plus jeune, j’étais intéressée par les dystopies sociales. J’ai longtemps adoré les livres de Lawrence Durrell, jusqu’à ce que je mettre à les détester ! Ces dernières années, les livres qui ont compté pour moi sont Lolita, de Nabokov, Portrait de groupe avec dame de Heinrich Böll, La Montagne magique de Thomas Mann, Austerlitz de W.G. Sebald, Le Dieu des petits riens d’Arundhati Roy, Le dieu manchot de José Saramago et Bruit de fond de Don DeLillo.
Qu’est-ce qui vous inspire dans votre écriture ou votre art ?
Je travaille depuis quelques années comme chercheuse en histoire politique, et le besoin de l’écriture littéraire s’est imposé à moi pour me changer de l’écriture scientifique. En ce moment, l’écriture me parait un moyen plus adapté de parler de la société dans laquelle nous vivons que la recherche historique scientifique. La littérature permet une écriture libérée des strictes conventions formelles auxquelles est astreinte la recherche scientifique. La complexité et la richesse des choses devraient pouvoir être décrites telles quelles et coulées dans le moule de phrases compréhensibles. Je n’ai même pas envie forcément de comprendre, plutôt d’apprendre à être. Dans l’art, ce qui m’intéresse aussi, c’est le fait d’être en dehors de la morale ; cela ne signifie pas être immoral, mais plutôt briser les conceptions habituelles. Au total, ce qui importe pour moi, c’est justement la liberté : la liberté de penser et d’être exactement comme j’ai envie d’être moi-même, et de voir ensuite que tout ça peut parfois même donner naissance à un texte.
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